Togo : l’électrochoc Moses Vilakati pour sevrer la CEDEAO des importations
Pendant que les grands discours sur l’intégration régionale occupent la scène, une réalité chiffrée rappelle la dureté des faits : 936 milliards de francs CFA. Soit 1,6 milliard de dollars. C’est le chèque faramineux que le Togo signe chaque année pour faire venir sa nourriture de l’extérieur. Une hémorragie financière qui soulève une interrogation politique centrale : quelle est la valeur d’une diplomatie influente si un pays ne contrôle pas son approvisionnement en riz ou en huile ?
C’est précisément autour de ce défi qu’intervient la mission de haut niveau de l’Union africaine, présente à Lomé jusqu’au 23 octobre. Sous la conduite de Moses Vilakati, l’organisation continentale ne vient pas dérouler un protocole diplomatique de plus, mais proposer une vraie stratégie d’influence. Le constat porté par l’UA est sans ambiguïté : l’axe Lomé-Cotonou dispose de l’accès maritime, des infrastructures portuaires et du positionnement idéal pour devenir le poumon agricole de la CEDEAO.
Pourtant, la dépendance persiste. Le riz, suivi de près par les huiles de tournesol et de colza, engloutit l’essentiel des ressources financières nationales. Financer les agriculteurs asiatiques ou européens au lieu d’irriguer les terres togolaises et béninoises relève d’une aberration économique et stratégique. Lorsque le commissaire de l’UA martèle qu’il faut agir immédiatement et rompre avec les habitudes passées, l’avertissement dépasse le cadre agricole : c’est un appel direct à la responsabilité politique.
Inverser la tendance suppose des choix de pouvoir clairs : réorienter les capitaux vers la santé des sols, sécuriser la distribution d’engrais, garantir des semences performantes et développer l’économie bleue.
En acceptant de poser le problème sans fard, les autorités togolaises font le choix du pragmatisme. La capacité de Lomé à transformer leur potentiel géographique en puissance agricole déterminera leur véritable poids politique dans la sous-région. La souveraineté ne se proclame plus dans les sommets diplomatiques ; elle se cultive sur le terrain.



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