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Burkina Faso : l’AES et la CEDEAO face à un nouvel équilibre des puissances en Afrique de l’Ouest

Burkina Faso

Burkina Faso : l’AES et la CEDEAO face à un nouvel équilibre des puissances en Afrique de l’Ouest

L’architecture géopolitique de l’Afrique de l’Ouest subit une reconfiguration sans précédent. Longtemps perçue comme un simple épisode d’instabilité continentale, la rupture entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la CEDEAO marque en réalité l’avènement officiel d’un dualisme institutionnel majeur. L’enjeu des discussions qui se nouent désormais entre les deux entités dépasse largement la tentative de réintégration d’anciens membres : il s’agit d’une affirmation de puissance visant à imposer une égalité souveraine absolue de bloc à bloc.

L’érosion du monopole communautaire

Pendant près de 50 ans, la CEDEAO a régné en maître incontesté sur l’intégration régionale, incarnant l’unique cadre politique, économique et sécuritaire de la sous-région. Cette époque d’hégémonie normative semble définitivement révolue. La consolidation de l’AES au cœur de la zone sahélienne transforme le paysage politique régional. La dynamique d’intégration s’organise désormais autour de deux pôles distincts, forçant l’organisation communautaire d’Abuja à partager le leadership géographique et politique.

La mutation des rapports de force : de la sujétion au bilatéralisme

La trajectoire géopolitique régionale a glissé d’une relation de subordination vers une confrontation de puissance à puissance. Hier, des États sous le coup de sanctions devaient plier face au dogme institutionnel d’Abuja. Aujourd’hui, la Confédération de l’AES s’érige en pôle souverain structuré, dialoguant d’égal à égal avec l’ensemble communautaire. Ce passage d’une logique verticale à une logique horizontale impose un bilatéralisme inédit : les discussions ne portent plus sur les conditions d’un retour au bercail, mais sur la signature de traités inter-blocs.

Une jurisprudence géopolitique inédite

Cette coexistence soulève d’immenses défis juridiques et territoriaux. En chevauchant le même espace humain, économique et géographique, la CEDEAO et l’AES créent une jurisprudence singulière. Liberté de circulation des biens et des personnes, réseaux énergétiques partagés, gestion transfrontalière des menaces sécuritaires : les deux ensembles doivent élaborer un modus vivendi pragmatique. Deux souverainetés régionales concurrentes apprennent à cohabiter au sein d’un même espace territorial, dessinant un nouveau modèle d’équilibre des forces en Afrique de l’Ouest.

Ablewa Lawson

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